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(Suite) ...Rien de tel que le recours aux analogies présumées pour quéclatent les différences ; et lon comprend que lartiste ait pu se délecter, quelques années plus tard,à vérifier cette évidence en peignant Essaouira. Port atlantique, certes, que lancienne Mogador, battue des vagues, mouillée dembruns et parcourue des souffles du grand large...
Mais, surtout, ville blanche et bleue, posée sur locre rouge des remparts où se détachent, comme autant de signes, les formes stylisées des grands araucarias...
Sil est devenu commun de rappeler que la beauté se trouve davantage dans le regard que dans la chose regardée, cest bien parce que, lorsquil sagit darts plastiques, nous savons que le véritable créateur, ayant su percevoir la spécificité de lobjet, la restitue et nous la donne à voir, transposée, colorée, magnifiée quelquefois par son propre talent. À ce titre, Charles Kérivel peut se sentir à laise parmi ces peintres orientalistes quil admire et quil aime. Il est de leur lignée. Est-ce, dailleurs, un pur hasard si certains de ses maîtres, et non des moindres, Eddy Legrand et Majorelle par exemple, ont aimé le Maroc au point que leur oeuvre entière en fût marquée ?Comme eux, il est un peintre-voyageur
Mais un autre trait de caractère ou de comportement rattache Kérivel à ces orientalistes. Comme eux, il est un peintre-voyageur. Il est de ceux qui suivent avec détermination le précepte de Gide. Que ta vision soit sans cesse nouvelle ; le sage est celui qui sétonne de tout. Voilà bien une sagesse que la passion peut nourrir et lon ne sera pas surpris que, de lÉgypte à la Turquie, du Sénégal au Maroc, elle ait suscité, chez lui, un nomadisme fécond. Il va également de soi que, lorsque ce Maroc, justement, lui apparaît comme un lieu dancrage, il se met à le parcourir avec un enthousiasme attesté par toute son oeuvre. Doù cette profusion de croquis, dhuiles et daquarelles où revivent les architectures prestigieuses et lanimation de Marrakech, la magnificence des jardins, le grouillement pittoresque des quais dEssaouira et, peut-être plus encore, les splendeurs du Haut-Atlas.(...) Et cest encore cette impression que lon ressent devant les aquarelles de Charles Kérivel. On sait que ce genre ne saccommode ni de lourdeurs, ni dinsistance ou de maladresse. Or, quil sagisse de cette Vallée de lOurika aux verdures légères, de ce coin de souk marrakchi qui, par son chromatisme et sa manière, peut rappeler David Robert, quil sagisse, plus encore, de cette superbe interprétation de la Medersa Ben Youssef,à Marrakech, chaque fois, il faut le reconnaître, non sans plaisir: le peintre a su traduire en termes de transparence et de lumière, la fragilité de linstant et la souveraine évidence du beau. Quand les bourrasques dautomne tourmentaient les ajoncs et les chênes bretons, François-René de Chateaubriand entrait, disait-il dans les sympathies de sa nature.
Charles Kérivel nest sans doute pas indifférent, lui non plus, à la sombre grandeur des tempêtes déferlant sur les landes. Tout porte à croire, cependant, que cest à deux mille kilomètres au sud de son pays natal quil ressent le plus profondément une exaltation et une plénitude comparables à celles de lillustre écrivain. Il lui suffit de retrouver, dans la lumière marocaine, les sables du grand Sud, le bercement des palmes, les neiges du Toubkal à lhorizon dAsni, ou la splendeur toujours nouvelle des villes impériales.
Il lui arrive peut-être, alors, de se souvenir quà lâge de quinze ou seize ans, il avait embarqué, pour la première fois, sur un bateau de pêche au nom prédestiné: il sappelait lAventurier...