
(In
"RAM", revue de Royal Air Maroc )
"Sans
doute nest-elle pas nouvelle, cette fascination des peintres pour le Maroc.
Tout
au long des cent dernières années, nombre dentre eux, célèbres
ou non, prit le chemin de Tanger, de Fès, de Marrakech, de lAtlas
ou du Grand Sud, un peu comme leurs pareils, au cours des siècles précédents,
effectuaient le traditionnel voyage à Rome. Pour des raisons différentes,
il est vrai, et avec un autre esprit. Mais, dans lun et lautre cas,
sous réserve que lartiste eût du talent, lexpérience
portait ses fruits.
Du
talent, Charles Kérivel nen manque pas ; et lon peut juger
que, dune certaine manière, son parcours de créateur est exemplaire.
Quun Breton réponde à lappel de la mer, cest dans
lordre des choses.
Bateaux de pêche et pétroliers emportent
donc loin de Douarnenez (de son Douar, comme il le dira plaisamment)
ce garçon de seize ans que passionnent déjà la couleur et
le dessin, et qui rêve dinconnu. On imagine, dans ces conditions,
ce que fut, pour ladolescent, la rencontre avec lOrient
: Égypte, Syrie, Liban... On serait ébloui à moindres frais.
Escale
à Casablanca
Mais ces références prestigieuses,
loin de laffadir devaient, le moment venu, donner à sa découverte
du Maroc une plus grande intensité.
Cest que, dans la mesure même
où de tels souvenirs aiguisaient, consciemment ou non, ses exigences, ils
rendaient Kérivel plus apte à pressentir, dans ce pays qui soffrait
à lui, une terre délection.
Voici, tout dabord, en
1956, Casablanca où fait escale un pétrolier sur lequel travaille
le jeune homme.
Difficile de souhaiter meilleure approche que la mer pour découvrir
un port. Et celui-ci passe déjà pour le plus important dAfrique.
Activité fébrile et tapageuse, grouillement, mouvement, couleurs,
cris et rumeurs avec, au-delà des môles et de la rade, la blancheur
de la ville...
Il nest peut-être pas indifférent que le
premier contact de Kérivel avec le sol marocain ait eu pour cadre un de
ces lieux marins dont il connaissait plusieurs versions et dont, soudain,
dans ce cas précis, la singularité le frappait... Suite
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